L'épidémie du virus Corona 2019 a révélé à quel point nos sociétés sont fragiles.  Cette crise montre les dangers de marchandiser la Santé publique. On a en ce moment une démonstration des faiblesses du "Management" bureaucratique. Et dans ce chaos, je suis frappé par la débrouille des médecins réanimateurs pour inventer leurs propres solutions et pallier aux carences de l'Etat. ( des médecins canadiens inventent un respirateur.
    
          Mais où part l'argent ? L
'Assurance-maladie est bien la grande absente de la crise du virus Corona. Elle est gérée par les lobbys industriels et les syndicats (partenaires sociaux). L'Assurance-maladie a donc été voulue comme un objet politique, en excluant les médecins. Cherchez l'erreur pénurie de masques....  Les syndicats de médecins ne sont plus autorisés à gérer la Santé publique en France. En Allemagne ils siègent au conseil d'administration de l'Assurance-Maladie et ceci est important. La santé publique allemande est gérée de façon consensuelle par trois autorités, aux intérêts parfois très opposés. Un compromis est obligatoire.  Dans notre pays, il n'y a rien de tout cela. L'Assurance-maladie a été fondée par Maurice Thorez en 1945.  Il a été le premier secrétaire du parti communiste français de 1930 à 1964. C'était donc un communiste, réfugié à Moscou entre 1939 et 1945. Ce n'est pas un hasard s'il a créé l'ENA (école nationale d'administration) pour insuffler l'idéologie aux hauts fonctionnaires, et la Sécurité sociale pour diriger son énorme budget.

         L'exclusion des médecins de la gouvernance de l'Assurance-maladie a été décidée en 1946 par le parti communiste. La Santé a été installée selon le modèle soviétique, et n'a jamais évolué depuis 75 ans. Ce détail permet d'expliquer le désarroi de l'Etat lorsque qu'une épidémie s'empare de la Nation... Mais ce n'est pas la première fois. L'affaire du "sang contaminé" en 1985 a clairement démontré la faible compétence scientifique de l'Assurance-maladie. Aujourd'hui, le concert des casseroles de 20 heures pour honorer les personnels soignants va interpeller une nouvelle fois cette gouvernance. L'inadaptation de son système s'est révélée au grand jour: décisions lentes, inadaptées, ambigües et mauvaise compréhension des enjeux de la pandémie virale. L'Assurance-maladie s'est montrée inexistante.           

"Dans un pays champion du Monde des prélèvements obligatoires, la question n'est pas de savoir combien faut-il prélever de plus mais comment cet argent est-il dépensé ? La réponse étant évidemment: mal.Contrepoints, 25 mai 2020

 

    Source : OCDE


         La sécurité sociale gère un budget gigantesque de 500 milliards d'euros/ an, 1/4 de plus que le budget de l'Etat français ! Fabrice Gombert, salarié en imagerie de la clinique privée Edouard Rist, militant syndical CFDT, préside depuis janvier 2020 la branche maladie de la Secu, avec son budget de 210 milliards d'euros.  Qui connait Fabrice Gombert ? En France,  7% des salariés sont syndiqués*.  En 2020, les syndicats sont-ils encore les uniques représentants de la population française ? Quelle compétence en matière de santé publique possèdent-ils ? Et donc, où va l'argent de l'Assurance-maladie ? Les résultats sur la crise du virus Corona sont-ils à la mesure des sommes considérables que les citoyens consacrent à leur santé par leurs prélèvements obligatoires, qui sont parmi les plus élevés du monde (11% de son PIB, le % le plus élevé d'Europe, la moyenne de l'OCDE est inférieure à 8 % de PIB) dépenses de Santé: "les Echos", "contrepoints"... Chaque citoyen commence à comprendre  qu'il a été floué. Comment pourrait-on re-médicaliser la gouvernance de la Santé en France ? Des solutions existent, comme la ré-installation d'un directeur médical dans les hôpitaux et le partage de la gestion de la CNAM avec un troisième partenaire. L'Ordre des médecins viendrait s'asseoir au côté de l'Etat et des partenaires sociaux (syndicats et industrie) pour diriger l'Assurance-maladie, comme en Allemagne l'hôpital français secouru par l'efficacité allemande. C'est sans doute là que s'explique le succès de nos voisins...  Enfin n'est-il pas temps de mettre en oeuvre la décentralisation de la gouvernance de la Santé en fusionnant les Ordres des médecins et les agences régionales de Santé pour inventer un modèle de co-gestion... 

         La caisse primaire du Bas-Rhin informe dans son éditorial de mai 2020:

"Dans le contexte de crise sanitaire majeure, la commission paritaire du Bas-Rhin s'est réunie pour évoquer l'implication des médecins libéraux dans cette crise.. A l'heure du déconfinement les médecins sont sollicités pour  participer au Covid Tracing, qui est disponible sur Amelipro.. La loi assigne au couple médecin traitant/CPAM deux missions: pister et dépister. Les discussions relatives au secret professionnel sont rendues caduques par le décret 2020-551 du 12 mai 2020. "

          Après 3 mois de crise, le couple médecin/CPAM est devenu indispensable pour corriger la mauvaise prise en charge de l'épidémie du virus Corona par la Caisse Nationale d'Assurance-Maladie. Il est appelé de nos voeux que ce couple Médecin/caisse primaire serve de leçon à nos dirigeants. Il serait souhaitable qu'il soit installé au plus haut niveau. Pour la première fois depuis 75 ans, les soins seraient re-médicalisés et les dépenses seraient concentrées vers des soins de qualité. Qu'est-ce que l'Etat aurait à craindre de confier à l'Ordre des médecins le soin de médicaliser les dépenses de santé de la France ?  Ceci permettrait de diminuer les coûts , ce que les syndicats ne savent pas faire. Il en ressortirait  une réévaluation des dépenses, un allègement de la structure bureaucratique, une médecine plus compétente et surtout la réduction des coûts d'au moins 20% pour revenir à la moyenne européenne (ce que le PLFSS n'a pas réussi à imposer  depuis 20 ans: voir Sécurité sociale). On quittera "l'offre de soins" bureaucratique** pour "la relation directe Médecin/malade" qui est beaucoup plus  efficace. 

          Le journal "le Monde" du 29 mai 2020 a reproduit une enquête menée en Allemagne à propos de la gestion de la crise sanitaire: " Sombre tableau que celui donné par la France, ces temps-ci, par la presse allemande. Le coronavirus met le système de santé français en état d'alerte. Comment en est-on arrivé là dans un pays qui met tant d'argent dans ce secteur?" S'interrogeait le 1er avril la Frankfurter Allgemeine Zeitung. "La crise du coronavirus a eu pour première conséquence de discrédit de l'Etat français. De même que la France s'était imaginée en sécurité derrière la ligne Maginot, la majorité de ses citoyens a été éduquée en croyant à un pouvoir central protecteur. L'illusion est tombée. La France était mal préparée et n'avait pas "le meilleur système de santé du Monde" contrairement à ce qu'on lui avait dit" écrivait le quotidien berlinois Tageszeitung le 2 mai 2020.

          Le débriefing du Ministère de la santé appelé "Ségur de la Santé" se passera donc dans une ambiance morose et il devra nécessairement tirer les leçons de l'échec de la prise en charge de l'épidémie. Il devra surtout demander des comptes à l'Assurance-maladie, qui est indépendante comme tout le monde le sait.  Le journal "libération" écrit le 30 mai 2020: 

"La crise qu'a vécue l'hôpital a été résolue par une certaine prise de pouvoir des médecins, ou du moins un rééquilibrage de la Gouvernance. Tout le monde en convient, les places de chacun sont à redéfinir... La direction de l'assistance des hôpitaux de Paris l'a bien compris. Elle a nommé jeudi un médecin anesthésiste, la professeure Catherine Paugam-Burtz, comme directrice générale adjointe, ce qui est une première. Pourtant dans son discours d'ouverture du Ségur, Edouard Philippe s'est montré timide sur ce sujet, expliquant qu'il "n'y avait pas de problème de gouvernance, mais un problème de management" se mettant en porte-à-faux avec le souhait présidentiel de changer profondément l'hôpital" in Libération du 30 mai 2020

        Il va de soi que le problème de la gouvernance de la santé en France ne se limite pas au "management" des hôpitaux, mais c'est la gouvernance de l'Assurance-maladie qui pose problème. Si la France veut se remettre à niveau, elle devra adopter le modèle consensuel de nos voisins allemands. Quitte à bousculer un peu Nicole Notat qui défendra évidemment la place exclusive de la CFDT à la présidence de la CNAM. 

référence n° 1:  Les limites d'une gestion verticale

référence n° 2: des dépenses par toujours judicieuses. Transport des malades sous respirateur en TGV

référence n° 3: L'Allemagne modèle dans la gestion de la pandémie ...

référence n° 4: Des médecins somment les autorités d'agir...

* En France, le nombre de personnes syndiquées est le même que le nombre de permis de pêche: 1.400.000 personnes (sur une population de 67 millions de citoyens). 

** David Graeber note la convergence des méthodes entre la Bureaucratie soviétique et la Bureaucratie néolibérale.